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À
la fin du XIXe siècle, pléthore d'écrivains s'adonnent à
la "littérature d'art" ; les grands noms du roman viennent
grossir les rangs des critiques, mais dans quels buts ? Est-ce par altruisme,
par amour des peintres qu'ils admirent ? Ou ne s'agit-il que d'accroître
leur renommée, en ajoutant une corde à leur lyre ? La réponse est bien
loin d'être évidente ; une conception idyllique de "l'Art"
– et non plus seulement des arts –, des amitiés solides qui se sont
nouées, incitent les créateurs à croire qu'ils mènent un même combat
pour la liberté et la modernité, contre le bourgeois et l'académisme.
Mais chacun, avec ses mots et ses goûts, défend l'art qu'il admire et
qu'il comprend, et la véritable critique, celle qui serait totalement
"désintéressée", est rare : la tentation est plutôt d'étendre
ses propres théories littéraires à la peinture, sujet d'inspiration
ou exercice de style.
L'attitude
de Mirbeau est à la fois peu commune et réellement courageuse. Même
s'il a conscience que la littérature peut servir la peinture, il ne
s'écarte jamais de son ambition initiale : la sanctifier. Chez lui,
la peinture est une véritable passion. Non seulement elle comble ses
espérances d'écrivain désabusé en "donnant plus que la plume",
mais aussi elle lui permet de se racheter de ses compromissions journalistiques
en aidant à promouvoir les hommes qu'il aime. Récusant la critique d'art
conçue comme prétexte à littérature, il envisage ses écrits sur la peinture
en amateur d'art et en mécène.
Mirbeau, dont
le regard scrutateur est d'une grande acuité, fait de sa passion pour
la peinture un acte de foi, de sa critique un sacerdoce. Doté d'un flair
quasiment infaillible – Gustave Geffroy parle de "prescience"
et Frantz Jourdain d'une "certitude un peu divinatrice"
–, il pose sur l'art qui l'entoure un regard lucide. S'érigeant en chantre
de l'impressionnisme, il souffle dans les trompettes de la renommée,
entonnant pour ces peintres un hosanna retentissant. Certes, il est
loin d'être le premier à défendre les "indépendants" – Zola,
Duret, Laforgue, Geffroy et quelques autres avaient déjà crié leur admiration
–, mais sa voix de stentor a des échos plus pénétrants et sa prose des
lecteurs plus nombreux. Journaliste phare à la fin du XIXe
siècle, son audience est immense : un éloge de lui suffit à créer une
réputation, une restriction à briser une carrière.
Auteur admiré
par le grand public, mais aussi esthète prisé par les artistes et les
happy few, Mirbeau est un critique redouté et sollicité,
car "il réussit, à maintes reprises, à mettre en lumière, malgré
la malveillance ahurie des directeurs de journaux, des artistes ignorés
ou méconnus". Non seulement il sacre Monet, Rodin et Pissarro
génies de leur siècle, ce qui n'est que justice et reconnaissance –
bien qu'un peu tardive –, mais il lance aussi de jeunes peintres, comme
Van Gogh ou Gauguin, attitude beaucoup plus méritoire. Alors qu'il se
contente d'emboîter le pas en faveur des premiers, tout en accélérant
l'allure, il porte le flambeau, ouvrant la voie, pour les seconds. En
affirmant le caractère révolutionnaire de Cézanne et de Van Gogh, il
se présente comme le fourrier de l'art moderne ; et, en donnant la primauté
à la subjectivité qui transfigure le monde et en accordant le droit
de cité à "l'exagération", il annonce l'expressionnisme.
Les Iris
Ce n'est pas
le moindre apport de Mirbeau que d'avoir affirmé avec force les droits
de la subjectivité. À ce tournant du XIXe siècle, qui
voit l'épuisement des critères dogmatiques, Mirbeau introduit dans la
critique d'art une passion souveraine, faisant d'elle une autre forme
de création. Dans le grand débat qui s'ouvrira bientôt entre les tenants
de la peinture pure et les tenants de la peinture en tant que langage
et qu'expression de l'intériorité, du tragique de l'intériorité, du
tragique de l'inconscient, ces derniers – tels Malraux ou René Huyghe
– seront fondés à se réclamer de Mirbeau, autant peut-être que de Baudelaire,
pour qui une œuvre totale doit associer une dimension d'éternité à la
modernité de la vision.
S'il est vrai,
comme l'a dit Braque, que "l'art est fait pour troubler",
Mirbeau aura été conscient de cette nécessité avant la plupart de ses
contemporains. La conversion qui le mène de la défense intransigeante
des pionniers (Monet, Cézanne...) à un plaidoyer en faveur des peintres
du "sacré" (Gauguin, Van Gogh, les Nabis), le range aux côtés
de ceux que préoccupe aujourd'hui l'intégrité de l'art, trop souvent
soumis à notre époque d'expérimentations formelles, à des tentations
réductrices. Son œuvre de critique, avec ses excès, sa partialité, apparaît
comme une mise en garde lucide contre ce qu'Ortega y Gasset appellera
"la déshumanisation de l'art".
"N'en déplaise à M. Charles
Morice, la vérité est que l'œuvre d'art ne s'explique pas et qu'on
ne l'explique pas. L'œuvre d'art se sent et on la sent, et inversement
; rien de plus. Et ceci est une de ses supériorités évidentes, une
preuve absolue de sa beauté, un de ses admirables privilégies que
paroles et commentaires n'y peuvent rien ajouter, et qu'ils risquent
en s'y mêlant, d'en altérer l'émotion simple, silencieux et délicieuse".
Octave Mirbeau. Claude Monet, L'Humanité, 8 mai 1904 in
Correspondance avec Claude Monet, Ed. du Lérot, 1990, p. 259.
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CLAUDE MONET
Pour Mirbeau,
Monet est le premier à avoir su peindre la lumière, fixer l'instantanéité
et donner la vie à la peinture. À défaut d'être un "dieu"
capable de faire surgir des mondes ex nihilo, Monet est un démiurge,
qui impose à l'univers des sensations qu'il organise, une harmonie et
une beauté qui seules suffisent "à expliquer, à excuser ce malentendu,
ce crime : l'univers" (Mirbeau, Dans le ciel).
Les Nymphéas
Pour le critique,
la nature est synonyme de vie, et la vie est une palette infinie
de couleurs et de lumières qu'il retrouve dans toutes les œuvres
de Monet. Afin de ne pas déflorer son art, il n'analyse pas ses toiles
suivant des critères techniques, et préfère user d'un vocabulaire riche
et varié, coloré et lumineux. Alors que Huysmans reste sourd au nouveau
langage du peintre, Mirbeau, lui, le sacre chantre de la nature
:
"Il y a du génie
en M. Claude Monet. Jamais peut-être un œil humain n'a mieux réfléchi
la splendide nature ; c'est un lyrique pour qui tout est poème :
la mer, l'arbre, la fleur, le coteau, le nuage, tout éclate avec
un débordement de vie énorme... Jamais je n'ai vu la nature interprétée
avec une pareille éloquence. C'est comme une fenêtre de prison obscure,
brusquement ouverte sur la campagne et l'infini. Par cette fenêtre,
il nous arrive des bouffées d'air chaud, de violents parfums, des
fracas de soleil : il semble que nous entrons dans la vie des choses,
et que tout ce que nous a montré l'art jusqu'à présent n'était que
du mensonge agréable et vide." (La France, 20 mai
1885).
Claude Monet
"Dans
une yole, au repos sur l'eau presque noire, sur l'eau profonde d'une
rivière ombragée, deux jeunes filles en robes claires, charmantes de
grâce et de souple abandon, sont assises. (...) Au premier plan
du tableau qui est d'eau tout entier, surface brillante, miroitante,
courante, l'œil, peu à peu, enfonce dans cette fraîcheur d'onde, et
découvre, à travers les transparences liquides, toute une vie florale
interlacustre d'extraordinaires végétations submergées, de longues algues
filamenteuses, qui, sous la poussée du courant, s'agitent, se tordent,
s'échevèlent..."
Octave Mirbeau, Claude Monet, 7 mars 1891
Femme à l'ombrelle
"On
peut dire de lui qu'il a véritablement inventé la mer, car il est le
seul qui l'ait comprise ainsi et rendue, avec ses changeants aspects,
ses rythmes énormes, son mouvement, ses reflets infinis et sans cesse
renouvelés..."
Octave Mirbeau, Gil Blas, 13 mai 1887
« Claude Monet – Venise », 1912
"Ce
qui distingue ce talent de M. Claude Monet, c'est sa grandiose et savante
simplicité; c'est son implacable harmonie. Il a tout exprimé, même les
fugitifs effets de lumière; même l'insaisissable, même l'inexprimable,
c'est-à-dire le mouvement des choses inertes ou invisibles, comme la
vie des météores; et rien n'est livré au hasard de l'inspiration, même
heureuse, à la fantaisie du coup de pinceau, même génial. Tout est combiné,
tout s'accorde avec les lois atmosphériques, avec la marche régulière
et précise des phénomènes terrestres ou célestes. C'est pourquoi il
nous donne l'illusion complète de la vie..."
Octave Mirbeau, Le Figaro, le 10 mars 1889
CAMILLE PISSARRO
La passion
que Mirbeau éprouve pour Pissarro est protéiforme : il admire le peintre
sans réserve, et il aime l'homme comme un fils. Le critique
voit dans cet artiste un guide spirituel, un modèle d'harmonie
morale, dont il partage les idées anarchistes, le mépris
des honneurs et des décorations, et aussi l'idolâtrie du culte
de la nature. Plus qu'une simple estime, c'est une véritable et
profonde amitié qui lie ces deux hommes. Mieux que quiconque, Mirbeau
comprend pleinement les recherches de cet artiste, mais comment détailler,
disséquer, l'art synthétique de cet "esprit fraternel"
? À l'opposé des littérateurs qui, froidement, analysent les œuvres
suivant une grille et les commentent en fonction de l'effet à produire,
Mirbeau se contente d'épancher, à peine interprétés, ses propres états
d'âme et ses émotions devant ses toiles. Il ne réduit pas ses
impressions à de sèches réflexions, mais réalise au contraire de véritables
transpositions littéraires. Superbe hommage où il exprime la symbiose
et de leur art et de leur âme.
"Dans
ses toiles, nous avons l'idée réelle de cette immensité où l'homme n'est
plus qu'une tache à peine perceptible."
Octave Mirbeau, Camille Pissarro, 10 janvier 1891
"Oh
! je le sais. On a dit de M. Camille Pissarro, comme de M. Claude Monet,
qu'ils ne rendaient que les aspects sommaires de la nature et que cela
n'était vraiment pas suffisant Le reproche est plaisant, qui s'adresse
aux hommes lesquels précisément ont poussé plus loin la recherche de
l'expression, non seulement dans le domaine du visible, mais dans le
domaine impalpable, ce que n'avait fait, avant eux, aucun artiste européen.
Si l'on compare les accords de ton d'un peintre aux phrases d'un écrivain,
les tableaux aux livres, on peut affirmer que nul n'exprima tant d'idées,
avec une plus abondante richesse de vocables, que M. Camille Pissarro;
que personne n'analysa avec plus d'intelligence et de pénétration le
caractère des choses et ce qui se cache sous la vivante apparence des
figures. Et la puissance de son art est telle, l'équilibre en est si
harmonieusement combiné, que de cette minutieuse analyse; de ces innombrables
détails juxtaposés et fondus l'un dans l'autre, il ne reste pour l'étonnement
de l'esprit qu'une synthèse: synthèse des expressions plastiques et
des expressions intellectuelles ; c'est-à-dire la forme la plus haute
et la plus parfaite de l'œuvre d'art."
Octave Mirbeau, Le Figaro, le 1er février 1892
EDGAR DEGAS
L'absinthe Danseuses
"Ses
danseuses sont, comme il le dit lui-même, non point de simples tableaux
ou de simples études, mais des méditations sur la danse. Il en a rendu,
avec une netteté, une suite terrible dans l'esprit, une ténacité dans
l'observation, une cruauté dans l'exécution, les formes ou gracieuses,
ou voluptueuses, ou crispées, ou douloureuses, et avec une telle intensité
d'expression que quelques unes semblent de véritables suppliciées. Et
l'on voit sous leurs ballons de gaze claire, dans les lumières blondes
et les clartés violentes où il les jette, ces pauvres corps torturés
par ces durs exercices qui broient les chairs et qui souvent ne sont
indiqués que par les apophyses bossuant le maillot rose."
Octave Mirbeau, Degas, 15 novembre 1884
AUGUSTE RENOIR
"Renoir
a voulu prouver qu'il savait faire ce que les peintres appellent le
morceau, et il a exécuté un torse de femme qui est un véritable
chef-d'œuvre. Pas d'accessoires, pas de composition, pas d'idée ingénieuse
autour de ce torse. Un torse, voilà tout, c'est-à-dire une admirable
et simple étude de nu, d'un dessin serré, d'un modelé savant, et qui
rend avec une vérité saisissante cette chose presque intraduisible,
dans sa fraîcheur, dans son rayonnement, dans sa vie, dans son éloquence
: la peau d'une femme. Cette toile est à coup sûr un des plus beaux
morceaux de la peinture moderne."
Octave Mirbeau, Renoir, 8 décembre 1884
PAUL CÉZANNE
L'Estaque
"Paul Cézanne, pauvre inconnu de génie..."
Octave Mirbeau, Rengaines, 23 juin 1891
VINCENT VAN GOGH
Comment cet
artiste torturé, ce "fou de peinture", aurait-il pu
laisser Mirbeau indifférent ? Sa haute conception de l'art et sa vénération
de la nature ne pouvaient que séduire le critique, qui, dès 1891,
achète pour 600 francs (1800 euros), au père Tanguy, deux toiles de
Vincent, Les Iris et Les Tournesols... qui seront vendues,
en 1987, 54 milliards de centimes (soit environ 230 millions d’euros)
!
 Mirbeau
apprécie le style si personnel de Van Gogh, ses recherches novatrices
dans la représentation de la vie. (Mirbeau ne se trompe pas : Van Gogh
écrit à Anthon Van Raffard qu'il est à la recherche d'"un art
toujours plus personnel, toujours plus complet et plus concis"
; et à Émile Bernard, qu'il "mange de la nature").
Il le défend avec acharnement contre les "mystiques",
"les symbolistes", "les larvistes"...,
engeance abhorrée, qui tentent de l'enfermer dans leur chapelle : "La
vérité, c'est qu'il n'est pas d'art plus sain... il n'est pas d'art
plus réellement, plus réalistement peintre que l'art de Van Gogh...
Van Gogh n'a qu'un amour : la nature ; qu'un guide : la nature...
Il a même l'instinctive horreur de tous ces vagues intellectualismes
où se complaisent les impuissants"(Le Journal, 17 mars
1901).
Enfin
il admire son art propre de peintre, le baroque de son dessin forcené,
la valeur symbolique de ses couleurs, la dématérialisation de
ses formes, sa lumière chaude et envahissante, sa stupéfiante
capacité à faire "déborder" sa "personnalité"
"en illuminations ardentes sur tout ce qu'il voyait, tout
ce qu'il touchait, tout ce qu'il sentait" : expressionnisme
avant la lettre.
Nuit étoilée
"C'étaient
d'étranges nuits, des plaines invisibles, des silhouettes échevelées
et vagabondes, sous des tournoiements d'étoiles, des danses de lune
ivre et blafarde qui faisaient ressembler le ciel aux salles en clameur
d'un bastringue."
Octave Mirbeau, Dans le ciel (1892)
PAUL GAUGUIN
 Mirbeau
s'est battu pour imposer Gauguin, un être en quête d'absolu,
prêt à tout sacrifier pour l'art par lequel il vivait. Dans ses articles
de 1891, plus proches d'une hagiographie que d'une critique d'art, il
célèbre en lui une "sorte de Rimbaud de l'art graphique".
Petit-fils de la féministe Flora Tristan, "auteur de beaucoup
de livres de socialisme et d'art", nourri spirituellement par
les ouvrages de Charles Fourier "en qui, depuis Jésus, s'est
véritablement incarné le sens du divin" (L'Écho de Paris,
16 février 1891), voyageur solitaire tourmenté d'infini, Gauguin incarne,
pour Mirbeau, l'Artiste, dont l'œuvre témoigne de la vie – à
moins que ce ne soit sa vie qui témoigne de son œuvre.
L'écrivain
semble séduit plus encore par l'homme que par sa peinture. Incarnant
le mythe de l'homme libre, grand voyageur sans cesse en quête
d'idéal, il représente à ses yeux le symbole de la contestation ; très
marginal par ses idées anarchistes qu'il essaye de vivre le mieux possible,
l'auteur du Christ jaune est ce que Mirbeau voudrait être, sans
l'oser.

Dans la
campagne toute jaune, d'un jaune agonisant, en haut du coteau breton
qu'une fin d'automne tristement jaunit, en plein ciel, un calvaire s'élève,
un calvaire de bois mal équarri, pourri, disjoint, qui étend dans l'air
ses bras gauchis. Le Christ, telle une divinité papoue, sommairement
taillé dans un tronc d'arbre par un artiste local, le Christ piteux
et barbare est peinturluré de jaune. Au pied du calvaire, des paysannes
se sont agenouillées. Indifférentes, le corps affaissé pesamment sur
la terre, elles sont venues là parce que c'est la coutume de venir là,
un jour de pardon. Mais leurs yeux et leurs lèvres sont vides de prières.
Elles n'ont pas une pensée, pas un regard pour l'image de Celui qui
mourut de les aimer. Déjà, enjambant des haies, et fuyant sous les pommiers
rouges, d'autres paysannes se hâtent vers leur bauge, heureuses d'avoir
fini leurs dévotions. Et la mélancolie de ce Christ est indicible. Sa
tête a d'affreuses tristesses ; sa chair maigre a comme des regrets
de la torture ancienne, et il semble se dire, en voyant à ses pieds
cette humanité misérable et qui ne comprend pas : "Et pourtant,
si mon martyre avait été inutile ?
Octave Mirbeau, Paul Gauguin, 16 février 1891
AUGUSTE RODIN
Pour Mirbeau,
Rodin a été, avec Monet, l'un des "grands dieux de [son]
cœur". À partir de février 1885, où il présente, dans La
France, La Porte de l'Enfer
 ,
il lui consacre une dizaine d'articles enthousiastes et dithyrambiques
et participe à toutes ses grandes batailles, notamment à l'occasion
du scandale du Balzac, en 1898.
Mirbeau par Rodin
Il voit
en lui le successeur de Michel-Ange annoncé par Stendhal, qui a su exprimer
la vie par le mouvement et synthétiser les sentiments humains les plus
poignants et le tragique de l'humaine condition. Plus que tout autre,
Mirbeau a contribué à la gloire du génial statuaire, qui lui écrit,
reconnaissant, en 1910 : "Vous avez tout fait dans ma vie,
et vous en avez fait le succès."
"N'ayant
pas, sous les yeux, le modèle vivant, il s'agit pour l'artiste, non
d'une ressemblance photographique, mais de quelque chose de plus grand,
de plus vrai, d'une interprétation, l'interprétation humaine d'un
génie [Balzac] par un autre génie [Rodin]. La statue
sera en quelque sorte la synthèse de l'œuvre formidable par l'homme."
Octave Mirbeau, Ante porcos, 15 mai 1898
CAMILLE CLAUDEL
Mirbeau
a très tôt, dès son "Salon" de 1893 – où il commente La
Valse – et à trois reprises, dans la grande presse, proclamé le
"génie" de Camille Claudel, qui ne sera reconnu qu'un
siècle plus tard. Et il plaidera auprès de l'État pour qu'elle puisse
elle aussi obtenir des commandes et vivre de son art. Sans grand succès.
ARISTIDE MAILLOL
Bien que Maillol
se situe aux antipodes de Rodin, par sa sérénité et son statisme, c'est
encore Mirbeau qui a su le distinguer et chanter son génie contre des
critiques incompréhensifs, qui ne voient en lui qu'un fabricant de "petites
femmes nues". Il lui a acheté sa Léda dès 1902, s'est
battu – en vain – pour lui faire obtenir la commande du monument à Zola
(cf. Sur la statue de Zola) et lui a consacré un grand article
de La Revue en avril 1905, prouvant une nouvelle fois l'éclectisme
de ses jugements et son refus des écoles dogmatiques et des étiquettes
réductrices.
Laurence TARTREAU-ZELLER
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