Actualités mirbelliennes 2006

 
 

Colloque Léon Werth
Le colloque de Cerisy
Le fonds Octave Mirbeau
Salon du Livre Libertaire
Assemblée générale annuelle
Publications
MIRBEAU AU THÉÂTRE

 
 

Colloque Léon Werth, les 20-21 janvier, à Beaubourg

Léon Werth, l'universel curieux 

Léon Werth Journaliste, essayiste, romancier, Léon Werth (1878-1955) a été aussi un témoin capital du XXe siècle. À l'occasion du cinquantenaire de sa disparition, la Bibliothèque publique d'information, en collaboration avec les Éditions Viviane Hamy et France Culture, propose de redécouvrir cette figure aussi exceptionnelle qu'oubliée : Werth
- Né en 1878 à Remiremont, Léon Werth abandonne ses études en hypokhâgne à Henri-IV, À Paris, et mène une existence un peu bohème, se consacrant pour l'essentiel à la critique d'art et à l'écriture. L'indépendance d'esprit que manifestent ses ouvrages, alliant à un antimilitarisme virulent dans Clavel soldat (paru en 1919), un anticolonialisme peu à la mode en 1926, quand sort Cochinchine − suscite toujours de vives polémiques. Ce refus des partis à très tôt dérouté − il dénonce l'imposture stalinienne alors qu'il est considéré comme un homme de gauche − cela effraie les éditeurs qui craignent que à cet indépendant farouche ne soit pas défendu par la presse.
En 1943, son ami Antoine de Saint-Exupéry lui dédiera Le Petit Prince. Et Lettre à un otage est une œuvre de l'écrivain Antoine de Saint-Exupéry, écrit initialement pour servir de préface d’un roman de son meilleur ami, Léon Werth : « Trente-trois jours ». Ce dernier est alors réfugié dans le Jura durant l’automne 1940 du fait de ses origines juives et son livre ne paraîtra pas. Saint-Exupéry a remanié alors considérablement sa préface en supprimant toute référence directe à son ami, qui devient alors anonyme dans le texte, et symbolise ainsi le français « otage » de l’occupant. Cette version a été publiée en juin 1943 de manière autonome. L’œuvre est composée de six courts chapitres, reprenant les éléments récents de la vie de l’écrivain, y mêlant des références à son amitié pour le dédicataire et son attachement à son pays. Léon Werth est mort à Paris le 13 décembre 1955.

Les éditions Viviane Hamy s'efforcent de faire découvrir cet écrivain injustement méconnu en rééditant ses livres et en publiant ses inédits. A paraître en janvier 2006 : 33 jours, Clavel chez les majors et La Maison blanche, et un essai biographique de Gilles Heuré, L'Insoumis, Léon Werth.

Le colloque de Cerisy

Le colloque Mirbeau de Cerisy, organisé conjointement par Gérard Poulouin et Laure Himy, et sous-titré judicieusement " Passions et anathèmes ", s"est déroulé, en toute convivialité et sous un ciel normand inhabituellement clément, du 28 septembre au 2 octobre 2005. Vingt participants, sans compter Robert Ziegler, qui n'était avec nous que par la pensée, s'y sont retrouvés pendant quatre jours, dans une ambiance à la fois chaleureuse et intellectuellement enrichissante. Alors que, dans nombre de colloques universitaires, des participants (pas tous, bien sûr) ne font qu'une brève apparition, débitent leur communication sans se soucier du reste et regagnent hâtivement leurs pénates, les colloques de Cerisy reposent sur la conviction, partagée par tous, qu'il convient de prendre son temps, d'exposer sereinement le fruit de sa réflexion et d'écouter attentivement - je n'ose dire "religieusement" à toutes les autres communications, afin que puissent s'instaurer de véritables échanges et qu'on ait de bonnes chances de tirer collectivement profit de ce que chacun est en mesure d'apporter. C'est précisément pourquoi le nombre d'intervenants est drastiquement limité à vingt. Les repas, pris en commun, les promenades, les soirées, les projections de films constituent autant d'occasions de poursuivre la discussion dans une atmosphère sympathique et décontractée.

Par rapport au programme annoncé dans le précédent numéro de nos Cahiers, des changements sont intervenus. On peut, certes, regretter quelques inévitables défections - en l'occurrence, celles de Marie-Françoise Montaubin, Wolfgang Asholt, Laurence Brogniez et Jean-Loup Rivière -, mais elles ont été compensées, parfois au dernier moment, par le renfort apprécié de jeunes universitaires dynamiques, comme Bertrand Marquer, Cécile Grenaud et Maria-Chiara Gnocchi, et par le retour de notre vieil ami Jean-Luc Planchais. Cette confrontation entre des mirbeaulogues patentés et blanchis sous le harnois,  et des universitaires de toutes origines et de toutes spécialités, arrivés à Mirbeau par les biais les plus divers par exemple le cinéma, le théâtre populaire, André Gide, Alphonse Daudet, Marcel Schwob ou l'hystérie, ne pouvait être que fructueuse, et elle n'a pas manqué de l'être, comme en témoigneront les Actes, qui paraîtront aux Presses de l'Université de Caen. Avec une différence de taille, cependant, et bien regrettable : chacun aura dû charcuter impitoyablement son texte pour le faire rentrer de force dans le lit de Procuste des indépassables 30 000 signes, qui sont la règle de la maison ; et des discussions, point ne sera question. Ceux qui voudraient connaître l'intégralité des communications orales et des débats subséquents, qui heureusement ont été enregistrés, pourront toujours venir les écouter à la B.U. d'Angers, oû les cassettes fournies par Mme Heurgon, de Cerisy, ont enrichi le Fonds Mirbeau.

Une soirée a été consacrée à un débat avec Michel Onfray, venu en voisin de l'Orne, et dont la proximité avec Mirbeau n'est pas seulement géographique. Son combat contre ce qu'Octave appelait à la malaria religieuse  constitue entre eux un point commun essentiel, de même que les misères qu'ils ont endurées dans un collège religieux, et aussi, bien sûr, que leur bataille, à un siècle de distance, pour des universités populaires. Certains auditeurs ont été cependant frustrés que, au fil des questions, le sujet officiel de l'échange ait été quelque peu perdu de vue. Mais l'essentiel, me semble-t-il, c'est qu'entre le romancier et dramaturge à succès du tournant du précédent siècle et le philosophe contemporain devenu best seller, n'en déplaise aux jaloux, la continuité soit apparue à tous.

Le fonds Mirbeau

Au cours de l'année 2004, le Fonds Mirbeau de la Bibliothèque Universitaire d'Angers a connu un très sensible enrichissement et de profondes transformations. Outre de nouveaux articles et mémoires, une soixantaine d'éditions et de traductions nouvelles, en sept langues, ont été offertes à la B.U. par la Société Mirbeau.
  De plus, pendant six mois, une documentaliste embauchée par la Société Mirbeau, Patricia M'Bengue, a revu le plan de classement, archivé la masse des documents d'une façon beaucoup plus efficace et simplifié le catalogue en ligne du Fonds pour accélérer les recherches, cependant que les informaticiens de la B.U. mettaient en ligne les neuf premiers numéros des Cahiers Mirbeau.
Le site Internet de la BU a été actualisé et modernisé ensuite.

Salon du Livre Libertaire

J'ai le plaisir de vous informer que la Société Mirbeau sera présente au Salon du Livre Libertaire, qui se tiendra à la Cité des Sciences, Porte de la Villette, à Paris, les 17 et 18 juin prochains. L'entrée y est libre.

Par ailleurs, les premières épreuves des Combats littérairesont été corrigées. J'attends les secondes épreuves. Le volume devrait donc paraître dans les semaines à venir. Je rappelle à tous les adhérents de la Société Mirbeau que, suite à une décision prise lors de notre AG du 11 mars, ils bénéficient d'une réduction fort appréciable : 35 euros au lieu de 50. Merci donc aux amateurs de passer commande, en joignant un chèque de ce montant. Nous avons impérativement besoin de ces rentrées pour pouvoir verser à l'Age d'Homme les 6500 euros prévus par notre contrat, en échange des 200 exemplaires qui nous reviennent.

Assemblée Générale annuelle

Pour tous ceux qui n'ont pas pu y participer, j'ai le plaisir d'annoncer que l'A.G. annuelle de la Société Mirbeau, qui s'est déroule pour la première fois dans le Perche, à Mortagne, a été particulièrement réussie et conviviale et qu'elle permetta sans doute une reconnaissance, fût-ce bien tardivement, de nostre Octave dans son propre pays. Il faut en remercier tout particulièrement Max Coiffait, organisateur des festivités percheronnes et auteur du volume Le Perche vu par Mirbeau et réciproquement, et M. et Mme Jean-Claude Lansac, nouveaux propriétaires de la maison Mirbeau du Chêne Vert à Romalard, qui ont pris l'heureuse initiative d'y faire apposer un plaque en l'honneur d'un écrivain "dont la férocité n'a d'égale que la tendresse" et qui y ont organisé à leurs frais une bien sympathique réception matutinale, permettant à la trentaine de présents et à la presse d'en découvrir l'intérieur.

Quelques données chiffrées sur notre conviviale et statutaire A.G. : une cinquantaine de personnes présentes, dont le député-maire de Mortagne, qui a mis la salle des fêtes de sa ville à notre disposition et que nous remercions vivement,  et l'adjointe à la culture de Romalard ; 84 adhérents représentés (plus 2 "pouvoirs" arrivés trop tard), et  4 nouvelles adhésions. Une semaine après notre A. G., il s'avère que 183 adhérents ont vers leur cotisation 2005 (espérons que certains retardataires ne  tarderont pas à régulariser leur situation), que 131 adhérents ont déjà vers leur cotisation 2006... et 7 la cotisation 2007 ! Tout cela est extêrmenent encourageant. Avant l'A. G. a eu lieu une projection du film de Luis Bunuel adapté du Journal de Célestine, et après les adhérents présents ont eu droit à un dîner-buffet offert par la Société Mirbeau et à une lecture théâtralisée de Contes de la chaumière par le théâtre de la Boderie.


- Renouvellement du Conseil d'Administration : les trois membres renouvelables du C.A. - Claude Herzfeld, Max Coiffait et moi-même - ont été réélus. Pour remplacer Jean-Luc Planchais (non remplacés l'année dernière) et Emmanuelle Garnier (à la recherche d'un travail et qui a demandé à être remplacée avant la fin de son mandat) ont été élues : Anne Revel-Bertrand, auteur-réalisateur, adjointe au maire de Romalard, et Marie Brillant, étudiante, de Paris.

Publications

Arnaud Vareille est en train d'achever l'édition critique des Dialogues tristes de Mirbeau, parus dans L'écho de Paris entre 1890 et 1892. Il est à espérer que cette publication de textes inédits en volume et peu connus voie le jour d'ici la fin 2005 ou au début 2006, sans doute chez Eurédit.

- Pour les Combats littéraires de Mirbeau,- A l'Age d'Homme, à paraître fin juin, il a été décidé d'accorder à nos adhérents une remise de 30 %, soit un prix de faveur de 35 euros au lieu du prix public de 50 euros. Vous pouvez donc  réserver des maintenant le volume auprès de la Société Mirbeau, qui, dès la sortie du volume, devra verser 6500 euros à l'Editeur en échange de 200 exemplaires. Bon de commande

MIRBEAU AU THÉÂTRE

Comme les années précédentes, j'ai eu la joie de constater que Mirbeau est plus que jamais d'actualité au théâtre et que les spectacles qu'il inspire sont toujours aussi nombreux (j'en avais recensé vingt l'an dernier, qui s'ajoutaient à tous ceux qui étaient déjà répertoriés).

Comme d'habitude, c'est Le Journal d'une femme de chambre qui est le plus souvent adapté, à la fois parce qu'il ne nécessite en général qu'une seule interprète et constitue un investissement modeste, et parce que c'est l'euvre-phare, qui a malheureusement fait de l'ombre au reste de la création romanesque du grand écrivain. C'est ainsi qu'en 1999, et apparemment les années suivantes, le théâtre des Margandiers, de Valence, a présenté une adaptation de Martine Tholon, en un one woman show interprétée par l'adaptatrice, dans une mise en scène de Jean-Pierre Yvars. En juillet 2000, au théâtre de la Luna, à Avignon, Raphaele Moussafir a repris le rôle titre qu'elle avait créé à Paris, au Bec Fin, au printemps précèdent, dans une mise en scène d'Alexis Roque (cependant que Mirbeau était aussi présent dans un spectacle tiré des lettres de Camille Claudel). Le vendredi 30 mars 2001, a eu lieu une représentation du Journal d'une femme de chambre et de Contes drôles et cruels, à Gland (Suisse), par les Tournées de l'œuvre, au Théâtre du Grand-Champ, qui en a sans doute donné bien d'autres. En mai 2002, c'est le théâtre du Jour d'Agen qui a présenté une adaptation qualifiée de  Création lumirère  ( é), dans une mise en scène du réputé Pierre Debauche. La même année, en Suisse, au Théâtre Off de Brugger ont eu lieu de nouvelles représentations d'un spectacle qui pourrait bien avoir été créé bien plus tôt, peut-être même dès 1985. En mai 2004, toujours en Suisse, sept représentations du Journal d'une femme de chambre ont été données à La Chaux-de-Fonds, au Zap-Théâtre1.  Á Lyon, à l'Espace 44, c'est la compagnie Bosse qui a donné sa version du roman de Mirbeau, du 12 au 24 octobre 2004, et qui l'a proposée aux scolaires de agglomération lyonnaise ; originalité de cette adaptation, mise en scène par Michel Laforest, tient à la présence sir scène de deux acteurs, un homme, Robert Magurno, interprétant tous les autres rôles face à la femme de chambre, incarnée par Karine Revelant. Du 2 au 6 février 2005, c'est la compagnie Art-Scène,  dans une mise en scène d'Olivier Gosse, avec Framçoise Caillard-Rousseaux en soubrette, qui a donné cinq représentations à Rouen, au Théâtre de la Chapelle Saint-Louis. A toutes les adaptations en langues étranges signalées dans le né 12 de nos Cahiers2, il convient d'en ajouter aux moins deux : l'une, en catalan,  Diari d'una cambrera, a été donnée à Barcelone en 1994, dans une adaptation d'Antonio Simón ; l'autre, en espagnol, Diario de una camarera, a été créée par l'Actéa Teatro à Salamanque le 23 octobre 2004.

AfficheBien que beaucoup plus coûteux et délicat à monter, Les affaires sont les affaires est une pièce tellement forte, efficace et actuelle, nonobstant le siècle écoulé, que de nouvelles troupes ne cessent de s'y colleter (rappelons qu'en 2003 cinq troupes différentes l'avaient mise à leur programme !). Outre le Torrent d'Annemasse, dirigé par Béatrice Croquet, et les Comédiens de la Tour, de Triel-sur-Seine, sous la houlette de notre Isidore Lechat, alias Philippe Prévost, qui poursuivent leurs représentations, l'une à la frontière-franco-suisse, avec une pointe à Narbonne, l'autre dans la banlieue parisienne - Philippe Prévost a des perspectives jusqu'en 2006, voire 2007 - ,  j'ai découvert qu un Théâtre de Genève, l'Orangerie, avait donné Les Affaires en 2003 dans une mise en scène de Claude Vuillemin et que le spectacle avait quelque peu circulé en Suisse romande. Maintenant, c'est le Théâtre de la Boderie, compagnie ornaise sise à Sainte-Honorine La Chardonne, qui commence à y travailler : Marie-Martin-Guyonnet, qui ne désespère pas de présenter son spectacle à Strasbourg à l'occasion du colloque " autour de La 628-E8 ", envisage une version quelque peu allégée et musicalité, avec une illustration musicale d'Eléonore Bovon.

Les contes de Mirbeau continuent aussi à donner lieu à des adaptations Théâtrales.  Outre celle du Théâtre suisse du Grand Champ, évoqué plus haut, et Pauvres diables, donné par Coup de Théâtre 96 et remarquablement interprété par Philippe Pierron, qui a circulé dans la banlieue ouest, en Normandie, en Anjou et en Lorraine, il faut signaler la lecture-spectacle proposée par le Théâtre de la Boderie de Marie Martin-Guyonnet à partir des Lettres de ma chaumière et qui sera présenté aux adhérents de la Société Octave Mirbeau lors de leur assemblée générale annuelle, le 11 mars 2006, à Mortagne-au-Perche (Orne). Au même moment, le Théâtre des Coteaux, d'Aubevoye, dans l'Eure, entreprend une tournée de Portraits amers extraits de Contes cruels : " La Folle ", " Le Nid de frelons ", " Mon pantalon " et " Paysage de foule ". Gérard Marbehan est le conteur, accompagné à l'accordéon par Valérie Hubert. La première a eu lieu le 30 septembre 2005 au château d'Aubevoye, et la deuxième à Gaillon le lendemain ; d'autres ont suivi ou vont suivre dans la région de Forges et au Havre. I'intention de Gérard Marbehan est de faire de deux de ces contes le point de départ d'animations en milieu scolaire, avec le concours des professeurs de lettres, et de déboucher sur des ateliers d'écriture, où le choc pédagogique produit par le récit est susceptible de se transmuer en mots. De nouveaux contes devraient prochainement enrichir encore ce déjà beau programme.

Signalons pour finir les représentations de deux œuvres destinées au Théâtre : l'AFAG-Théâtre a donné à Paris une vingtaine de représentations d'une  adaptation de L'épidémie, du 7 au 23 mars mai 2002, dans une mise en scène de Bernard Martin ; et une autre farce, Le Portefeuille, a été créée à Naples en mai 2005, au Théâtre de Poche, avec L'Article 330, de Courteline. Bref, pas besoin d'insister : Mirbeau est de plus en plus vivant !

Pierre MICHEL
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Note 1. C'est à la même époque que la regrettée Martine Childe a incarné Célestine dans la Sarthe. Un an après son assassinat, qui a beaucoup choqué au Mans (voir nos Cahiers, n° 12, pp. 383-384), la police, apparemment, n'a toujours aucune piste. Retour au texte

Note 2. Il est a noter que l'adaptation argentine de Manuel Ledvabni, avec Rita Terranova, a donné lieu à un enregistrement vidéo, accessible à l'INAEM de Madrid (centre de consultation théâtrale). Retour au texte

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