Le Journal d'une femme de chambre (1900) |
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![]() Le manuscrit du Journal d'une femme de chambre
![]() Mise à nu des turpitudes sociales
Illustration de LoustalUne uvre de justice socialeL'une des turpitudes les plus révoltantes de la société bourgeoise est la domesticité, forme moderne de l'esclavage :
Et les trafiquants d'esclaves modernes, ce sont ces officines scandaleuses, mais légales, que sont les bureaux de placement, relayés par des sociétés prétendument "charitables" ou "philanthropiques", qui, au nom de Dieu ou de l'amour du prochain, s'engraissent impunément de la sueur et du sang des nouveaux serfs. Le domestique est un être déclassé et " disparate ", " un monstrueux hybride humain ", qui " n'est plus du peuple, d'où il sort ", sans être pour autant " de la bourgeoisie où il vit et où il tend ". L'instabilité est son lot : les femmes de chambre sont ballottées de place en place, au gré des caprices des maîtres. Elles sont surexploitées économiquement. Elles sont traitées comme des travailleuses sexuelles à domicile exutoires pour les maris frustrés, initiatrices pour les fils à déniaiser ou à retenir à la maison. Elles sont humiliées à tout propos par des maîtres à l'inébranlable bonne conscience, qui traitent leur valetaille comme du cheptel. Elles sont aliénées idéologiquement par leurs employeurs, et, partant, incapables de se battre à armes égales, parce que hors d'état de trouver une nourriture intellectuelle qui leur laisse un espoir de révolte et d'émancipation. ![]() Illustration d'Adolphe WilletteAussi Mirbeau entend-il à la fois aider les opprimé(e)s à prendre conscience de leur misérable condition et susciter dans l'opinion publique un scandale tel qu'il oblige les gouvernants à intervenir pour mettre un terme à cette honte permanente. En nous obligeant à découvrir l'abus sous la règle, et, sous le vernis des apparences, des horreurs sociales insoupçonnées, il exprime sa pitié douloureuse pour " les misérables et les souffrants de ce monde " auxquels il a " donné son cur ", comme le lui écrit Zola. ![]() Ce dégoût et cette révolte contre un ordre social inhumain s'enracinent dans un écurement existentiel qui perdure ; et la pourriture morale des classes dominantes reflète la pourriture universelle, d'où germe toute vie. " Il s'exhale du Journal d'une femme de chambre une âcre odeur de décomposition des chairs et de corruption des âmes, qui place l'œuvre sous le signe de la mort ", écrit Serge Duret ; " la loi de l'entropie règne sur les corps " et sur les âmes. Ici, le tragique de l'humaine condition sourd à tout instant de l'évocation de la quotidienneté dans tout ce qu'elle a de vide, de vulgaire et de sordide. "L'ennui" dont souffre Célestine, c'est "l'expérience du vide" évoquée par André Comte-Sponville. Bien avant Sartre, Mirbeau s'emploie à susciter chez nous une véritable "nausée" existentielle. La thérapie par l'écriturePourtant, si étouffante et morbide que soit l'atmosphère, si décourageante que soit la perspective d'une humanité vouée sans rémission au pourrissement et au néant, une fois de plus, l'écriture-supplice se mue en délicieuse thérapie. Nouvelle illustration de la dialectique universelle : ce qui devrait être source d'écurement se révèle tonique et jubilatoire ; de l'exhibition de nos tares naît un amusement contagieux ; du fond du désespoir s'affirme la volonté d'un mieux qui aide à supporter moins douloureusement une existence absurde ; la nausée n'est que la première étape indispensable à l'"élévation" et à lengagement social ; et Mirbeau ne nous enfonce, pédagogiquement, la tête dans la boue, la "charogne" et les "miasmes morbides", que pour mieux nous inciter, comme Baudelaire, à chercher ailleurs une sérénité, voire un épanouissement spirituel. Pierre MICHEL Le texte du roman, préfacé par Pierre Michel, est accessible gratuitement
sur le site Internet des éditions du Boucher. On le trouve également
sur Gallica, en version numérisée dépourvue de préface. > Préface
Le roman a été porté au cinéma, par Luis Buñuel, avec Jeanne Moreau dans le rôle principal. => Le cinéma a contribué à une diffusion mondiale de l'œuvre de Mirbeau |
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Le_Journal_d'une_femme_de_chambreKOTAVA ! - Traduction slovaque : http://www.bergfiles.com/i/bf4dcbfd10h35i0. RomansL'Ecuyère, La Maréchale, La Belle Madame le Vassart, Dans la vieille rue, La Duchesse Ghislaine, Le Calvaire, L'Abbé Jules, Sébastien Roch, Dans le Ciel, Le Jardin des supplices, Les 21 jours d'un neurasthénique, La 628-E8, Dingo, Un Gentilhomme. |
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