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Tout le roman
est centré autour de la figure dun prêtre énigmatique et inquiétant,
toujours vu à travers le regard dun adolescent inapte à comprendre
ce dont il est le témoin. Jules, véritable "damné", en révolte
contre son Église et contre une société étouffante et oppressive,
est perpétuellement déchiré entre les besoins de sa chair et ses "postulations"
vers le ciel. Il pousse à lextrême les contradictions vécues par
tous les hommes, et son cas, bien quexceptionnel, nen est
pas moins éclairant pour la compréhension de lhumaine nature.
Pour cadre de
son récit, Mirbeau a choisi un petit village du Perche quil connaît
dexpérience, où chacun vit sous le regard de tous et où les exigences
du corps et celles de l'esprit sont lamentablement comprimées, ce qui
exacerbe encore les déchirements, le sentiment détouffement et
la révolte de son pathétique héros.
Pour imaginer
son inoubliable abbé Jules, le romancier s'est souvenu d'un de ses oncles,
Louis-Amable Mirbeau, prêtre libre (voir larticle de Max Coiffait,
dans le n° 11 des Cahiers
Octave Mirbeau). Mais il a donné beaucoup de lui-même à son
personnage : Jules doit à Octave nombre de ses caractères dominants
: ses emballements, ses déchirements, sa passion des livres, son amour
de la nature, ses alternances d'exaltation et de dépression, sa violence
verbale, son goût de la mystification, ses exigences de l'absolu. Il
lui doit aussi la quasi-totalité des idées qu'il exprime : sa conception
tragique de la condition humaine et sa révolte métaphysique ; son éthique,
d'inspiration naturiste et rousseauiste, et son aspiration à lanéantissement
de la conscience ; sa révolte libertaire contre toutes les structures
sociales oppressives, mutilantes et aliénantes, et contre les idéaux
mystificateurs et mortifères. Mais le romancier se garde bien de faire
de son personnage le simple porte-parole de thèses pré-établies, et
il n'hésite pas à lui prêter des actions méprisables et viles. 
Illustration de Legrand
Un autre personnage
est également fascinant : le père Pamphile, qui a passé plus de
trente ans de sa vie à quêter à travers lEurope et à subir avanies
et humiliations, en vue dun objectif illusoire, qui donne un sens
à sa vie, mais sévanouit au fur et à mesure quil croit sen
rapprocher. Paradoxalement, sa folie, qui le conduit à un total détachement
des choses de ce monde, peut sembler confiner au comble de la sagesse
Comme Jules, il constitue un cas dérangeant et déconcertant pour des
lecteurs trop souvent misonéistes.
Même si, dans
LAbbé Jules, subsistent des influences de la tradition
du roman "réaliste" à la française, et aussi de Barbey dAurevilly
et dEdgar Poe, linfluence majeure est celle de Dostoïevski,
dont Mirbeau vient davoir la " révélation "
avec LIdiot et dont il met en uvre la psychologie
des profondeurs.
Une édition critique de LAbbé Jules a été réalisée par
Pierre Michel, dans le tome I de luvre romanesque
de Mirbeau, Buchet/Chastel / Société Octave Mirbeau, 2000.
. Pierre
Michel, L’ABBÉ JULES ou l’évangile du cynisme (préface de L'Abbé
Jules), L'Âge d'Homme, 2010, pp. 7-27 
Le texte du roman est accessible sur le site Internet des éditions
du Boucher, avec une nouvelle préface de Pierre Michel.
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