LES ROMANS |
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UN NOVATEURConscient des impasses du genre romanesque hérité de Balzac, Mirbeau a tenté de le renouveler pour le sortir des ornières du naturalisme. Il a ainsi participé à l'histoire du roman, en frayant des voies nouvelles, et en contribuant à la mise à mort et au dépassement du roman du XIXe, dont il conteste les présupposés :
Pour Mirbeau, ce sont là des illusions naïves. Pourtant, il n'a pas rompu d'emblée avec le vieux roman, et son évolution a été progressive. On peut y distinguer quatre étapes. |
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1. LES ROMANS "NÈGRES" |
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![]() œuvre romanesque, tome 1 De 1880 à 1886, Mirbeau a rédigé
près d'une dizaine de romans comme "nègre", pour le compte
de commanditaires fortunés soucieux de notoriété littéraire. Ils ont
paru sous trois pseudonymes différents : Forsan ; Albert
MIROUX ; et, surtout, Alain BAUQUENNE. Plusieurs de ces romans sont remarquables et ont été réédités en annexe des trois volumes de lédition critique de luvre romanesque de Mirbeau (Buchet/Chastel Société Octave Mirbeau, 2000-2001) et sur le site Internet des éditions du Boucher : L'Écuyère (1882), tragédie de l'amour, doublée d'une peinture au vitriol du "beau monde". L'Ecuyère de Toulouse Lautrec La Maréchale (1883), récit plein d'humour où se ressent l'influence d'Alphonse Daudet. La maréchale Ney
La Belle Madame Le Vassart (1884), où Mirbeau entreprend de refaire à sa manière La Curée de Zola, en désacralisant la famille et la pseudo-République, troisième du nom. Dans la vieille rue (1885), émouvant récit du sacrifice d'une vierge. La Duchesse Ghislaine (1886), roman d'analyse dans la lignée de Stendhal. Ces romans, écrits rapidement pour des raisons alimentaires, et dont il n'a pas à assumer la paternité, s'inscrivent dans le cadre romanesque traditionnel :
C'est là de l'excellente littérature, admirablement écrite, par un observateur qui ne se laisse pas duper par les apparences et s'emploie déjà à nous révéler l'envers du décor. Mais ce n'est pas encore de la vie, nourrie de l'expérience personnelle de l'auteur. |
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2. ROMANS "AUTOBIOGRAPHIQUES" |
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Le Calvaire (1886),
L'Abbé Jules (1888), peinture haute en couleur d'un prêtre "damné", en révolte contre son Église, contre la société bourgeoise, et contre la misérable condition faite à l'homme. ![]() Sébastien Roch (1890), récit bouleversant du "meurtre d'une âme d'enfant" par un jésuite infâme, le père de Kern, séducteur et violeur. Mirbeau situe l'action dans des lieux qu'il connaît parfaitement (notamment la région de Rémalard, dans le Perche) ; il y évoque nombre de souvenirs d'enfance, en particulier ses quatre années d'"enfer" chez les jésuites de Vannes, avant d'en être chassé dans des conditions plus que suspectes (n'aurait-il pas été, lui aussi, violé par son maître d'études, comme le petit Sébastien Roch ?) ; et il transpose dans Le Calvaire sa propre relation passionnelle et destructrice avec une femme de petite vertu, Judith Vimmer, rebaptisée Juliette. En rupture avec le naturalisme zolien, Mirbeau nous présente un récit discontinu, et, par moments, lacunaire, où les événements sont toujours réfractés par une conscience : la subjectivité y est totale (impressionnisme littéraire). L'atmosphère, souvent pesante, voire morbide, prend parfois une allure cauchemardesque ou fantastique, fort éloignée des conventions du réalisme. Le romancier n'est pas omniscient ; et, à l'instar de Dostoïevski, dont il vient d'avoir la "révélation", il met en uvre une psychologie des profondeurs, qui préserve le mystère des êtres, et qui tranche avec la psychologie "en toc" de Paul Bourget et avec le déterminisme physiologique simpliste d'Émile Zola. Enfin, il prend des libertés avec la vraisemblance et avec la crédibilité romanesque. Cependant Mirbeau est encore marqué par l'héritage du roman "réaliste" du XIXe siècle : il réalise des "études de murs" provinciales ; il attache beaucoup d'importance à la question d'argent et aux pulsions sexuelles ; il met en lumière les déterminismes qui pèsent sur ses personnages (hérédité, influence du milieu). Il semble tempérer ses audaces de peur de ne pas être suivi par la grande majorité des lecteurs misonéistes. |
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3. LA DÉCONSTRUCTION DU ROMAN |
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Dans le ciel (1892-1893), non publié en volume du vivant de Mirbeau : roman "en abyme", qui traite de la tragédie de l'artiste (inspiré de Van Gogh) et qui présente du tragique de l'humaine condition une vision pré-existentialiste. Le Jardin des supplices (1899), qui résulte du mixage désinvolte d'articles sur "la loi du meurtre" et de deux récits parus indépendamment dans la presse : En mission et Un Bagne chinois. C'est un roman initiatique, doublé d'une parabole de la condition humaine, d'une dénonciation du colonialisme et d'une démystification de la vie politique française, où le sinistre côtoie le grotesque, et la caricature à la Daumier le grand-guignol à la Sade.
Le Journal d'une femme de chambre (1900), inventaire des pourritures des classes dominantes vues à travers le regard d'une chambrière qui ne s'en laisse pas conter. Les 21 jours d'un neurasthénique (1901), collage d'une cinquantaine de contes cruels parus dans la presse entre 1887 et 1901, et imprégnés d'un pessimisme noir. Mirbeau y met à mal les conventions du roman balzacien :
À l'univers ordonné, cohérent, du roman balzacien, où tout est clair, et où tout semble avoir un sens et une finalité, Mirbeau substitue un univers discontinu, incohérent, aberrant et monstrueux. La contingence du récit, où éclate l'arbitraire du romancier-démiurge, reflète la contingence d'un monde absurde, où rien ne rime à rien. |
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4. MISE À MORT DU ROMAN... OU RETOUR AUX ORIGINES ? |
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La 628-E8 (1907), récit d'un voyage en automobile à travers la Belgique, la Hollande et l'Allemagne, qui est surtout un voyage à l'intérieur de soi. Une charron Dingo (1913), évocation farcesque et jubilatoire d'un chien mythique, justicier substitut du romancier devenu vieux.
Pierre MICHELPierre Michel a fourni une édition critique de quinze romans dans luvre romanesque de Mirbeau, trois volumes dun total de quatre mille pages (dont 800 dappareil critique), Buchet/Chastel Société Octave Mirbeau, 2000-2001. Les cinq romans parus sous pseudonyme sont publiés en annexe des trois volumes, pour être clairement distingués des dix romans signés Mirbeau. Les dix romans signés Mirbeau, tous de nouveau préfacés par Pierre Michel, sont accessibles sur le site Internet des éditions du Boucher. Les cinq romans parus sous pseudonyme, également dotés de nouvelles préfaces de Pierre Michel, sont aussi accessibles sur le site des éditions du Boucher, sous le titre collectif Quand Mirbeau faisait le "nègre".
On y trouve également une préface générale de Pierre Michel, "Mirbeau
et la négritude" Enfin, lensemble des préfaces et des introductions de Pierre
Michel est recueilli dans un volume, Octave
Mirbeau et le roman (280 pages), accessible sur le site Internet
de la Société Mirbeau |
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Liste des romans accessibles sur le site |
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L'Ecuyère, La Maréchale, La Belle Madame le Vassart, Dans la vieille rue, La Duchesse Ghislaine, Le Calvaire, L'Abbé Jules, Sébastien Roch, Dans le Ciel, Le Jardin des supplices, Le Journal d'une femme de chambre, Les 21 jours d'un neurasthénique, La 628-E8, Dingo, Un Gentilhomme. Les romans sont accessibles gratuitement sur le site des Éditions
du Boucher et sur www.scribd.com/doc/2167528/Octave-Mirbeau-uvre-romanesque |
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L'ŒUVRE |
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Le Théâtre, Les Contes,
Essais et textes divers, La
Correspondance, |
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