Sébastien Roch (1890)

 
     
 

Comme plusieurs des romans publiés sous pseudonyme, Sébastien Roch, dont le héros éponyme porte un nom et un prénom lourds de significations, est le récit du sacrifice d’un innocent, d’autant plus pathétique et révoltant qu’il est inutile.

C'est " le roman d'un enfant ", dont le génie potentiel est prématurément détruit, et qui, sain de corps et d'esprit à son arrivée, est irrémédiablement souillé à jamais quand il en est chassé comme un malpropre. D'abord par l'éducation infligée par les jésuites du collège Saint-François-Xavier de Vannes, où Mirbeau a passé quatre années d’enfer (viol de l'esprit). Ensuite par la séduction dont il est l'objet de la part de son maître d'études, le "père" de Kern (dont le modèle n’est autre que Sébastien du Lac), et qui aboutit au viol de son corps : sujet on ne peut plus tabou à l’époque, ce qui entraînera une véritable conspiration du silence lors de la publication du roman.

Sebastien Roch

Ce double viol est symbolique du meurtre des âmes d'enfant qui se perpètre en toute impunité dans le silence des collèges religieux, avec la complicité du pouvoir politique : pour Mirbeau, il y a une alliance objective entre Cartouche (les politiciens opportunistes au pouvoir) et Loyola (l’Église catholique). Mais l’école dite "publique" n’est pas idéalisée pour autant, car elle contribue aussi à pétrir les âmes des enfants et à leur inculquer des préjugés corrosifs : Mirbeau ne cède jamais au manichéisme.

L'armée parachève le travail de destruction entamé par ces " pourrisseurs d'âmes " que sont les jésuites : la mort du héros, fauché absurdement dans la fleur de l’âge, donne lieu à un récit marqué au coin de l’ironie.

Tout le roman, qui nous fait percevoir le monde à travers la sensibilité du jeune Sébastien, inspire au lecteur une pitié féconde qui devrait le pousser à une remise en cause radicale des institutions sociales – à commencer par la famille, l'école et l’Église romaine –et des idéaux mystificateurs dont on le berne. On y sent frémir la révolte "anarchiste" du romancier contre une société homicide et contre une religion hypocrite, qui se prétend "d’amour", mais qui repose sur la manipulation, l’aliénation et la compression des instincts.

Pierre MICHEL

Préface

Une édition critique de Sébastien Roch a été réalisée par Pierre Michel, dans le tome I de l’Œuvre romanesque de Mirbeau, Buchet/Chastel / Société Octave Mirbeau, 2000.

Le texte du roman, préfacé par Pierre Michel, est accessible gratuitement sur le site Internet des éditions du Boucher.
 

 
 

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Sébastien Roch (roman)

Romans

L'Ecuyère, La Maréchale, La Belle Madame le Vassart, Dans la vieille rue, La Duchesse Ghislaine, Le Calvaire, L'Abbé Jules, Dans le Ciel, Le Jardin des supplices, Le Journal d'une femme de chambre, Les 21 jours d'un neurasthénique, La 628-E8, Dingo, Un Gentilhomme.

 
 
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